jeudi 14 janvier 2016

Algérie - le Bosquet des Muses



 


 


 


 


 


 


 


 


La Revue Algérienne  Illustrée  – B.N 8 Lc12 191


 


L’Albatros
 
Ch Baudelaire
1893 – La Revue Algérienne


 


La Revue Algérienne et Illustrée


- présentation


La qualité d’une revue s’exprime par ce qui s’ y écrit. La Revue Algérienne Illustrée, conservée à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand, , dont sont extraits ces poèmes, montre une autre vision de l’Algérie française que celle qui nous est offerte par les médias ;  c’est celle des défricheurs, de la Culture, de la Pensée, de l’amour des autres, de son sol, ses paysages, mirages aimés,  détournés par quelque indifférence  rivale de la métropole. Les textes qui vous sont présentés, dont vous apprécierez la qualité des auteurs,  ont été publiés en  fin de XIXe siècle , début du XXe. Voici les Remerciements occasionnés, à l’époque,   pour le nouvel an de la Revue, reçus des quatre coins de l’Algérie, de différents points de France, lettres pleines de vœux sincères pour sa prospérité : «..Ces témoignages de sympathie nous ont profondément touchés. Nous adressons nos vifs remerciements aux dévoués de la première heure et aux amis connus et inconnus qui s’intéressent au succès de notre publication … »


Cette revue , pour ceux qui voudraient la consulter, traite aussi des Arts, de la vie en Algérie , de ses problèmes. Les textes , sous forme de tableaux entiers, vous sont présentés  par ordre alphabétique d’Auteur


Certains textes , d’Auteurs de l’hexagone sont cités  pour avoir été publiés dans la  presse d’Algérie


 


 


Aux Héros du Maroc
poème de M d'Armancourt, chansonnier aveugle
(vie algérienne..n°39,15 - 10- 1925, BN)


 


Nuit d'Icosium -
 Georges Auriel - cercle littéraire (Vie algérienne,  n°31, 3 - 5 - 1925, B.N)


 


« Sonnet »
André B - 1893


 


La mort du Taureau
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14


 


 


 
Yaouleds
 
Pareils à des friquets, volant emmi les branches.
Effrontés et narquois, l’air de jeunes vauriens,
Se battant tous les jours, y compris le Dimanche,
Ce sont les moineaux francs du trottoir algérien.
*
Faisant tous les métiers, petits propres à rien,
Mal vêtus, ne portant pas de chemise blanche,
Couchant dans un gourbi, sur un banc, une planche,
Comme les moineaux francs des squares algériens.
*
Ils portent les couffins ou cirent les chaussures
Kif kif glac’ de Paris, c’est ce qu’ils vous assurent,
Puis pour se délasser, se battent, tels des chiens,
Gavroches et Cagayous du trottoir algérien.
*
Et ces yaouleds font tout, hormis le bien
Allègrement, avec une gaité très franche.
Guillerets, sautillants, tels l’oiseau sur la branche,
Ce sont les moineaux francs du trottoir algérien.
*
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14


 


 


Carmen
 
  ( à propos d’une statuette)
 
 
Ce joli Tanagra jouant des castagnettes
C’est la Carmencita provocante, coquette,
A l’œil de velours noir, au sourire enjôleur.
Cambrant sa taille fine, à l’oreille une fleur,
 
Ses lourds cheveux d’ébène ornés d’une mantille,
Son corps souple et musclé, drapé d’une résille,
On dirait qu’elle attend son cher toréador,
Aussi prestigieux que le Campéador.
 
Et voici que, soudain, cette enfant de Séville,
En narguant don José, danse la séguédille
Au son des castagnettes et du tambourin.
 
Ollé ! Vive l’amour libre et foin du chagrin
Qui torture tous ceux qui, naïvement , l’aiment,
Car l’amour, chante – t – elle, est enfant de Bohême.
 
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14 


 


El – Djezaïr
 
La blanche El – Djezaïr étale sa parure
Dont la splendeur émerge d’un nid de verdure
C’est comme un éboulis de blocs de marbre blanc
Qui rutile au soleil splendide, éblouissant.
*
On dirait d’un immense escalier de pophyre
Baigné par le flot bleu qui murmure et soupire
Et là – haut, vers le ciel, ses marches de granit
Evoquent, à mes yeux, le temple de Tanit.
*
Un semis de villas d’une blancheur de neige,
Tableau digne en tous points du pinceau du Corrège,
S’éparpille là – bas, emmi les verts coteaux
Que revêt , de velours, un somptueux manteau.
 
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14


 


 


 


 


La danse du ventre
 
Sous ses voiles de soie aux brillantes paillettes
La bouche carminée, à la lèvre une fleur,
Tenant entre les doigts sa blonde cigarette,
La troublante hétaïre, au sourire enjôleur,
Se lève lentement , et cynique, goailleuse,
Darde sur le public ses yeux de scabieuse.
La voici qui s’avance et son corps serpentin
Ondule et fait briller un regard libertin.
Le visage impassible, elle mime, impudique,
Le geste de l’amour bestial et lubrique
Tandis que les fellahs béats, concupiscents,
Montrant leur joie ainsi que des adolescents,
Applaudissent la jeune et séduisante almée
Aux longs yeux de velours, au profil de Camée.
*
Ch Barbet (Vie algérienne…n°20, 15 – 2 – 1925, B.N)


 



Le Toréador
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14


 


 


Soir du Sud

Fermez le piano où l'Europe est couchée,
N'éveillez pas la morte au creux du bois verni,
Ce qu'elle avait à dire est dit; tout est fini:
J'ai vu dans le soleil passer sa chevauchée.
*
Sentons - nous étrangers sur ce sable qui ment:
Nous ne connaissons plus l'odeur de cette flore;
Fermez le piano et fumons seulement
Devant ce couchant vert où l'âme s'évapore
*
Les grands cris de Paris vers le triste avenir
Et tout ce que l'amour épongea de mensonge,
Rien n'est plus; rien ne vaut les regrets ou le songe,
Et nous savons enfin la beauté de finir.
*
Je veux aller dormir ce soir sur la terrasse:
L'extase de la lune en mon cœur tombera,
J'écouterai s'éteindre en moi toute ma race
Et chanter le silence au fond du Sahara.
*
Victor Barbucand - la Vie algérienne...revue illustrée - B.N n°6 - 9 - 11 – 1924


 


 


La Guerre
Un hymne de clairons et de cuivres heurtés,
Le fracas des tambours battant en pleine rue,
Des cris – et tout d’un coup Elle m’est apparue
Dans le décor en feu des terrestres cités.
*
Sa horde, torche au poing, à travers les clartés,
La suivait, formidable, incessamment accrue
Sous de hauts étendards aux plis ensanglantés.
*
Et les villes, flambant avec leurs citadelles,
Leurs jardins, leurs tombeaux, leurs tours, leurs clochers frêles,
Elevaient vers ses yeux des yeux noyés de pleurs ;..
*
Mais le Monstre semblait ignorer leurs épreuves.
Tranquille, son regard se reposait ailleurs,
- Dans les champs où la Paix construit des cités neuves.
 
Lucien Bardes


                                                                                                             


A l’ Idéal –
9 – 5 - 1897
Le Léthé
Le vrai Dieu-
1899
Symbole
Lucien Bardes


 


A un Passant
Aubade
 
Alice Bataille


 



Vieil Alger (1509 - 1529)
(Vie algérienne, n°12, 21 - 12 - 1924, B.N)
Louis Berlebach
 


 


*
Blida

Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N
*


 


Medea
Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)






Miliana
Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)


 


 


Procession à Lesbos
 
 
Les Ephèbes vêtus de robes ioniennes ,
Marchaient en brandissant des rameaux d’olivier.
Dans leurs péplums suivaient les vierges lesbiennes
Sous des paniers de fruits qui les faisaient ployer.
*
Aux rythmes caressants des lyres éoliennes
Les enfants agitaient des branches de lauriers
Les vins mousseux coulaient des amphores trop pleines
Sur les fleurs que les mains se hâtaient d’effeuiller.
*
Et les filles chantaient «  Salut ! divines branches !
« Laissez tomber sur nous les blondes avalanches
«  Des huiles et des miels aux doux reflets dorés !
*
« Epandez en nos cœurs l’amour des douces choses ;
« La fraîcheur des fruits mûrs et les parfums de roses ;
« Les tièdes renouveaux des champs régénérés. »
 
Michel Bogros – 1899 – Revue Algérienne


 


 


 


La Vierge du Sérail
Dans son temple d’amour aux beaux tapis d’Alger
Mettant à chaque endroit leur note musulmane
Se repose, en fumant, la mièvre courtisane
Dont s’accroche le rêve à l’espoir étranger
*
A sa lèvre elle applique, en un baiser léger,
Le bec du narguileh à l’ambre diaphane
La fumée, en stagnant, dans l’air moelleux se fane
Et mourante se perd en parfum d’oranger.
*
Trop lourdes, dans le jour, ses paupières sont closes
Et ses doigts, teints de roux en effeuillant des roses
S’enluminent de l’or des bijoux d’autrefois.
*
Elle rêve toujours aspirant la fumée
Et, splendide, levant sa main fine d’almée
Cette divinité se mouche dans ses doigts
*
Robert de Bordj


 


 


 


 


 


 


 


Rêve de jeune fille
 
Comme un alcyon sur la grève
Plane et monte vers le ciel d’or,
La jeune fille dort et rêve ,
La jeune fille rêve et dort ;
*
Elle rêve sous ses longs voiles,
Au souffle des vents attiédis,
Qu’elle s’en va vers les étoiles
Qui sont les fleurs du paradis ;
*
Elle rêve qu’un ange garde
Le seuil éblouissant des cieux,
Et que cet ange la regarde
D’un œil tendre et mystérieux ;
*
« Entre avec moi ! » dit le bel ange,
Et, pensive, en suivant ses pas,
Elle murmure : «  C’est étrange,
Quelqu’un lui ressemblait là – bas ! »
 
Henri de Bornier – Acad Fr (1893)


 


 


Ordre
à M Frederic Masson
 
On m’avait dit : Allez ! – J’allai. – Gaiement alertes,
Mes Etrangers, mes bons mercenaires marchaient
Par les champs de Lotus et de rizières vertes ;
- Et nous vîmes un lac où des pêcheurs pêchaient.
*
Des pagodes aux toits retroussés, tout ouverts,
Sous les bambous très fins, près de là, se cachaient ;
Des cases souriaient, de nattes recouvertes ,
Sur les multipliants les perruches nichaient ;
*
Et le vent balançait les éventails de palmes,
Et du massif épais des néfliers plus calmes,
Filait en l’air, d’un jet, l’aréquier fuselé ;
*
Et les fruits de litchi criblaient d’or le feuillage
Et les cactus flambaient en bas ; tout ce village
Etait joyeux, vivant, béni – Je l’ai brûlé.
 
Vte de Borrelli (fin XIXe) (1837 – 1906)


 


 


 


La Diane
 
On s’est battu. Là – bas  la fenêtre d’un bouge
Luit dans l’ombre, et parfois il en sort des clameurs ;
L’acier, comme en plein bois mordrait un fer de gouge,
Fouille les chairs ; blessé, laisse – toi faire, ou meurs !
*
Sur la plaine où la nuit assoupit les rumeurs
Sont – ils vivants ou morts, les autres ? Nul  ne bouge ;
On ne sait pas. Pourtant, elle est peut – être rouge,
Cette terre trop noire auprès de ces dormeurs.
*
On va voir. – C’est l’aube : une frange écarlate
Ebrèche l’horizon : une fanfare éclate,
Aux vivants, en sursaut, annonçant le réveil :
*
Et les morts, allongés, les reins dans la poussière,
Sans en être éblouis, sans baisser la paupière
L’œil fixe, grand ouvert, voient monter le Soleil !
 
Vte de Borrelli


 


 


Huningue – 1815
(salon de 1892)
A Edouard Detaille
 
Petit tambour, très sûr du devoir accompli,
Qui, pour le défilé, bats la marche française,
Déguenillé, fangeux, superbe ! – et bien à l’aise
Sous l’œil de ces vainqueurs tout neufs et sans un pli,
*
Je n’ai vu que toi seul. – Mon regard affaibli
N’a jamais pu monter plus haut que la cimaise :
Ce ne fut pas ma faute, au moins : à Dieu ne plaise !
Et je suis innocent de cet étrange oubli.
*
Mais, devant ton air peuple et ta petite taille,
Tes cheveux jaunes, où le vent de la bataille
Passa, ton vieil habit informe et désiré,
*
Ton surprenant bonnet de police, ta caisse.
Tout ton je ne sais quoi, tout ton je ne sais qu’est – ce,
- Sacré petit tambour, j’ai bêtement pleuré !...
 
Vicomte de Borrelli
 
 
 
 
 
Ingenuus
 
                                                                   Au cte Florian de Kergolay
 
Vte de Borrelli


 


 


 


Le Sphinx
 
- Et tandis que, rêvant de paix et de chaumière,
Le vieillard sommeillait près d’un reste de feu ;
Que la mère et l’enfant dormaient dans la lumière,
Que l’âne en liberté, broutait un chardon bleu ;
*
Le grand Sphinx accroupi, dont les yeux sans prunelles
Avaient tant vu passer des choses ici – bas,
Cherchait éperdument aux voûtes éternelles
Le mot de cette énigme, - et ne le trouvait pas.
 
Vicomte de Borrelli


 


 


Sourates
 
Vte de Borrelli


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


La Tonnelle
 
Là – bas, devers Chaville et les Fausses – Reposes,
Nous avions découvert, - en des temps révolus, -
Une tonnelle exquise à vieux bancs vermoulus
Où nous faisions, tous deux, l’été, de longues pauses.
*
On trouvait là du lait, du pain bis, du vin clair ;
Puis, dans un jardinet aux bordures d’oseille,
On s’en allait cueillir cerises ou groseilles,
Et piller les rosiers qui fleuraient bon dans l’air.
*
Mais, ce que nous aimions mieux que le petit Beaune,
Le lait, le pain, les fruits et ce plus beau rosier ,
C’était – siffleur étoile – en sa cage d’osier,
Un gros merle tout noir, avec un bec tout jaune.
*
Que de choses s’en vont qu’on pensait retenir !
L’autre jour je fouillais, ma mémoire endormie
Pour trouver la chanson que chantait mon Amie :
J’ai cherché vainement, sans me ressouvenir.
*
Hier, devers Chaville et les Fausses – Reposes,
J’ai revu la tonnelle et ses bancs vermoulus ;
Et j’ai bu du vin clair, et j’ai cueilli des roses :
- Le merle sifflait l’air que je ne savais plus.
 
De Borrelli


 


Le Sourire
Paul Bouju


 


Sur un cahier de vers
 
Quand même l’avenir si ténébreux encor,
Me garderait l’honneur de la couronne d’or,
Que porte le poète acclamé par la foule ;
Quand je verrais, ainsi qu’au vent frémit la houle,
Frémir à mes accents un peuple soulevé ;
Quand , et c’est  le triomphe , autrefois, tant rêvé ,
Les amants me liraient en répandant des larmes,
Non !...rien n’égalerait le trouble plein de charmes
Que j’éprouve à songer que vos yeux lents et doux
Suivent avec bonheur ces verts écrits pour vous.
 
Paul Bourget (les aveux)


 


Cueillaison Bleue
A mon ami Joseph Coade
Louis Cauvy


 


A Noiré*
 
Devant l’immensité flambante des déserts
Où tu sèmes l’ardeur de ton rêve affolé,
Mon désir d’esthétique enfin s’est envolé
Dans le ruissellement lumineux de tes airs !
*
Les carmins se marient, en tes fuyantes plaines,
Avec la gamme d’or des chromes attendris ;
A l’horizon, bruissant d’opales et d’iris,
Passe l’écho mourant des mauvaises cantilènes
*
Ton génial pinceau, éclairant l’harmonie
De parfums enfiévrés, d’auguste symphonie,
Sur le vieux monde épand ta sainte volupté ;
*
Et sous l’éclair de ta lumière immarcessible
Monte aux ciels étonnés le défi invincible
De ton art souverain et de ta liberté !...
 
L. Chaze
 
* Maxime Noiré ° Guinglange (Moselle) 9 – 11 - 1861 + Alger 4 - 6 – 1927
Peintre orientaliste
Fondateur de la  sté des Artistes Algériens
 


 


 


Voisinage
Dans la Rue
Adoration - 1893
 
Déchelette


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Contraste
 
Mardi – Gras, 4h30, Rue Bab – el – Oued
 
Donc, c’était Mardi – Gras. Le bon peuple riait ;
Arlequins et Titis apostrophaient la foule,
Et Pierrot , titubant, près d’une femme soûle,
Sous son masque blafard, méditait un forfait.
*
Mais voilà qu’on chuchote …on se calme, on se tait,
On cherche à retenir une larme qui coule ;.. ?...
- Un corbillard paraît !...et la gaité s’écroule :
Lors, Pierrot dégrisé, s’arrête, stupéfait !
*
Le drap noir se couvrait d’impudique poussière ;
Tremblant, près du cercueil, un vieillard solitaire
Au milieu des lazzis, chancelait, hébété.
*
Et des signes de croix saluaient au passage
Le prêtre, murmurant, dans l’infernal  tapage,
La prière des morts, au Dieu d’éternité !
 
Adolphe Demons


 


 


La Belle Fille
 
Paul Deroulède
1893


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 
 
Soir de bataille
                                                                          Pharsale, 18 avt J.C
 
De l’aube jusqu’au soir, sous le ciel embrasé,
Les clameurs du combat ont hurlé dans la plaine.
Et les glaives romains troué la chair romaine.
Tout est fini ; le choc sinistre est apaisé.
*
Morts les centurions et les légionnaires
Portant le casque lourd et le scutum oblong
Et les cavaliers, craints jadis du germain blond,
Ayant aux étendards les louves séculaires.
*
Tous, fils d’ Italiens, frères devant la mort,
Sur l’ordre des deux chefs, ont croisé leur épée.
- Le soir tombe César est vainqueur de Pompée
L’ antique loi n’est plus que le hochet du sort.
*
Les buccins ont sonné longtemps dans la nuit claire :
De hautains chevaliers, fiers de leur front sanglant,
Durs visages, sont apparus caracolant
Empourprés doublement du ciel qui les éclaire.
*
Seul, pensif, parmi les cris de joie et les chants,
Son regard froid , rivé sur la nuit augurale ,
Songeant au droit vaincu,  qui sous son orgueil râle.
Au sang romain,  jailli , grâce à lui, dans ces champs :
*
Peut – être au temps futurs où ne sera personne
Pour couvrir la cité contre l’invasion ;
Les bras croisés devant l’œuvre d’ambition,
Le front lauré du laurier d’or, César frissonne.
 
Jehan des Arroques


 


 


La Lune
 
L. Duchardon


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Chanson
 
 
Dans les bois,  où Jeanne était la première,
J’entrai sans penser qu’elle y va parfois.
C’était,  j’en suis sûr, pour fuir la lumière ;
Mais je me souviens que d’une voix fièvre
Un pinson chantait : Jeanne est dans les bois !
*
J’écoutais les nids au milieu des branches
Quand Jeanne parut sous les rameaux lourds.
Je lui dis, je crois : « Reine des fleurs blanches,
Les nids sont légers comme des pervenches »
Jeanne a peu de goût pour les grands discours.
*
Elle avait au front des tresses de lierre ;
Elle avait des bras trempés dans du lait.
Des rayons nimbaient sa fine paupière.
Allez – donc au bois pour fuir la lumière !
Et l’oiseau fut pris, Jeanne, à ton filet.
*
Si c’est par erreur je ne puis le dire :
(On est à vingt ans parfois si léger)
Jeanne me tendait des fleurs qu’on respire ;
Mais je ne vis rien que son cher sourire.
Et laissant les fleurs, je pris un baiser.
 
Numa Duminy
Revue Algérienne - 1893


 


 


 


L’ Aimée
 
Gracieux Faure, poète corse


 


Orgueil de Vivre
à Jean Richepin
 
E.Fayolle


 


 


El Djzairy
Imité d’ Henri Heine
 
A.Fermé
Alger – gratuit 1896


 


 


 


La Rosée
(sonnet)
 
Au milieu des parfums, dont ma joie est grisée,
Dans les bois, ce matin, je marchais en rêvant.
L’aurore frissonnait, comme un baiser vivant,
Et la rosée exquise était partout posée.
*
La fleur se redressait sur sa tige épuisée,
Et la mousse, plus fraîche, aux caresses du vent,
Tremblait, riait, pleurait sous le soleil mouvant,
En laissant grelotter ses larmes de rosée.
*
Et j’allais par la combe, et je bénissais Dieu,
Et me disais qu’en somme il suffit de bien peu
Pour que la pauvre vie humaine nous soit douce,
*
Puisque le pire mal peut toujours s’apaiser
Tant qu’il nous reste, encor, le rêve et le baiser,
- Deux gouttes de rosée au bout d’un brin de mousse.
 
Charles Fuster
Poète Suisse (1866 – 1929)


 


 


Idylle
A Mlle Th.B
 
Je t’aime, dit la fleur, à la brise plaintive
Je t’adore, répond le zéphyr frissonnant.
Et la fleur attendrie, amoureuse, lascive,
S’abandonne, éperdue, aux baisers de l’amant.
*
Tout frémit dans la nuit : la forêt attentive,
Seul et discret témoin de ce charmant amour,
Soupire de chansons,  qu’en effleurant la rive,
Le ruisselet écoute et murmure à son tour.
*
Là – haut, dans le ciel pur, l’étoile tremblotante
De son rayon divin, détache un voile d’or,
Nimbe aux reflets d’opale, s’épanche sur l’amante
*
Qui d’un long baiser, en tressaillant s’endort,
Pendant que le Zéphyr, en la berçant,lui chante
La douceur de l’amour et la caresse encor.
 
G.Gandolphe –
1900 – la Revue Algérienne…


 


 


 


Le Vieux Monsieur
Le Rêve du Vagabond
 
A.Gaud


 


 


La Caravane
 
La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans, qui n’a pas de retour,
S’en va traînant le pied, brûlée aux feux du jour,
Et buvant, sur ses bras, la sueur qui l’inonde.
*
Le grand lion rugit et la tempête gronde ;
A l’horizon fuyant, ni minaret, ni tour,
La seule ombre qu’on ait, c’est l’ombre du vautour
Qui traverse le ciel, cherchant sa proie immonde.
*
L’on avance toujours, et voici que l’on voit
Quelque chose de vert que l’on se montre du doigt :
C’est un bois de cyprès, semé de blanches pierres.
*
Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps,
Comme des oasis, a mis les cimetières :
Couchez – vous et dormez, voyageurs haletants.
 
Théophile Gautier


 


 


Caresses
 
Paul Gieure


 


 


Pêcheurs arabes
 
 - Benjamin Heller - cercle littéraire (Vie algérienne, n°31, 3 - 5 - 1925, B.N)


 


 


 


Antoine et Cléopâtre
Le Samouraï
Les Conquérants
Chanson de Torero
Charité
J.M de Hérédia


 


 


 


Rondel
 
Les douces fleurettes des champs
Ont un charme qui me captive,
Et souvent mon âme attentive
A pris leurs parfums  pour des chants.
*
Quand je vois leur tige craintive
Aux lueurs des soleils couchants,
Les douces fleurettes des champs
Ont un charme qui me captive.
*
Je veux, sur ma lyre craintive :
Célébrer leurs attraits touchants,
Et bénir Celui qui cultive
- Malgré sots, jaloux et méchants, -
Les douces fleurettes des champs.
 
Ferdinand Huard


 


 


 


Sur le Quai
Sonnet
 
Ferdinand Huard


 


 


Jolies Femmes
Eve
Victor Hugo


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Chanson
 
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi ?
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
*
Si vous n’avez rien à m’apprendre
Pourquoi me pressez – vous la main ?
Sur le rêve angélique et tendre,
Auquel vous songez en chemin,
Si vous n’avez rien à m’apprendre
Pourquoi me pressez – vous la main ?
*
Si vous voulez que je m’en aille,
Pourquoi passez – vous par ici ?
Lorsque je vous vois, je tressaille :
C’est ma joie et c’est mon souci.
Si vous voulez que je m’en aille,
Pourquoi passez – vous par ici ?
 
Victor Hugo


 


 


Séparation
 
Adieu. Ne pleure plus, ou je pleure à mon tour.
Pour les grandes douleurs il faut garder les larmes,
Dans les combats du cœur, ce sont les seules armes :
Nous en aurons besoin dans un plus triste jour.
*
Que crains – tu ? Mon bonheur est fait de notre amour
Les lieux que je verrai sont d’avance sans charmes,
Et je vivrai dans la tristesse et les alarmes
Jusqu’à l’heure joyeuse et tendre du retour.
*
Il n’est montagne ou mer pouvant nous désunir ;
Car j’emporte avec moi ton riant souvenir,
Doux lieu, qui, de loin, attachera nos âmes.
*
J’emporte le baiser de tes lèvres en pleurs
Dont le feu persistant entretiendra les flammes
Qu’un éclair de tes yeux fit jaillir dans mon cœur !
 
Auguste Hugues
1900


 


Ronde des Petits Lapins
 
Jules Laloue - 1899


 


 


Le Bonheur
 
Quand, las de sa course éternelle,
Le papillon s’est endormi
L’ enfant croit, en prenant son aile,
Captiver ce bel ennemi
*
Mais, las, le papillon se lève
Et l’enfant chagrin s’aperçoit
Qu’il ne lui reste de son rêve
Que de la poussière à son doigt.
*
C’est bien la ressemblante image
De l’homme créé pour souffrir :
Il a pour papillon colage
Le bonheur qu’il veut conquérir.
*
Il y touche…sa joie est brève
Et, vaincu par le sort moqueur,
L’ homme ne garde de son rêve
Que la poussière du bonheur !
 
Victor de Laprade


 


Aïn el Hadid
 
Dans la montagne abrupte, où le soleil brutal
Calcine les beautés de la pierre malsaine,
Le scorpion hideux languissamment se traîne,
Et l’air vicié pue un parfum d’hôpital…
*
…Mais d’un roc béni, pure ainsi que le cristal
Pur, Aïn el Hadid a jailli, source reine,
Et donne à ce tombeau, magnanime et sereine,
La puissante vigueur du plus riche métal !
*
Aïn el Hadid, source, au temps jadis, très sainte,
Qu’on priait à genoux, va ! j’ai compris la plainte
Que chantaient, en pleurant, tes eaux dans le ravin :
*
Des espagnols pouilleux, que la gale démange,
Frottaient de vieux haillons, teinte de crasse et de vin,
Et ton cristal avait une couleur étrange !
 
A de la Ville de Mirmont


 


 


El Djezaïr
A Mme M.T
 
Je partirai bientôt pour un pays lointain…
El Djezaïr, adieu ! je quitte, ville sainte,
Les fossés rocailleux et les murs de l’enceinte
Que désigne à la mort l’implacable destin !
*
L’équerre et le compas font ripaille et festin !
Comme un vieux chien galeux, Kasbah, crève sans plainte,
;..Et seuls, les rêves d’or , évoqués par l’absinthe,
Chasseront de l’Oubli ton fantôme incertain !
…………………………………………………………………………….
Je vais à Relizane, où vivent les gazelles,
Sur les bords du Chélif…Mais si j’avais des ailes,
Je viendrais, dans la nuit, par les espaces bleus,
*
Contempler ton sommeil, ô ma Reine blessée,
…Car , usant d’un pouvoir étrange et fabuleux
El Djezaïr a pris ma vie et ma pensée !
 
A de la Ville de Mirmont
 


 


 


Fantasia
 
Déroulant comme la laine, des échevaux,
L’innombrable escadron d’Arabes en furie
- Démons qui hurlent – pour une horrible tuerie,
Semblent partir au loin, courbés sur les chevaux !
*
Les goums suivent les goums, et sans cesse nouveaux,
Les burnous déployés , sur la plaine assombrie,
Flottent au vent brûlant de la fière Algérie
Et portent la pensée aux temps de Roncevaux,
*
A ces temps où luttait l’adresse avec la force,
Où, poitrine à poitrine, admirable chaînon,
Des géants, à grands coups, se défonçaient le torse !
*
Essence du Progrès, salut, ô Roi canon !
Fantoches cavaliers, vous faisiez peur, naguère…
L’Obus rit aux éclats de vos chansons de guerre !
 
A de la Ville de Mirmont


 


 


Les Cigognes
 
Im me souvient, jadis, d’avoir vu, dans les cieux,
(j’étais alors , enfant, au pays des Gascognes)
Rapidement passer de grands vols de cigognes,
Qui nous semblaient, de loin, nous lancer leurs adieux.
*
Et , sans doute, ils fuyaient, oiseaux bénis des dieux,
Loin des vices, malsains à l’égal des charognes,
Loin de toi, pauvreté, qui, lamentable, cognes
A la porte mal – jointe, et rends les jeunes, vieux.
*
Cigognes, vous ornez les toits de Relizane,
- Mieux que les diamants des cheveux de sultane –
Avec votre fierté calme de sénateur !
*
Sur les murs familiers, faites vos nids tranquilles.
Nous devons le respect à l’oiseau migrateur :
Il garde les maisons qui lui servent d’asiles !
 
A de la Ville de Mirmont
Relizane – 9 juillet 1893


 


 


Liberté
MaisonMalade
Remords de la Mer
 
A de la Ville de Mirmont


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Le Sommeil du Condor
 
Par delà l’escalier des roides Cordillières,
Par delà les brouillards hantés des aigles noirs,
Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs
Où bout le flux sanglant des laves familières,
L’envergure pendante et rouge par endroits,
Le vaste oiseau, tout plein d’une morne indolence,
Regarde l’Amérique et l’espace en silence,
Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids.
 
La nuit roule de l’Est, où les pampas sauvages
Sous les monts étagés, s’élargissent sans fin ;
Elle endort le Chili, les villes, les rivages,
Et la mer Pacifique et l’horizon divin ;
Du continent muet elle s’est emparée :
Des sables aux coteaux, des gorges aux versants,
De cime en cime, elle enfle en tourbillons croissants,
Le lourd débordement de sa haute marée.
 
Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier,
Baigné d’une lueur qui saigne sur la neige,
Il attend cette mer sinistre qui l’assiège :
Elle arrive, déferle, et le couvre en entier,
Dans l’abîme sans fond la Croix australe allume
Sur les côtes du ciel  son phare constellé.
 
Il râle de plaisir, il agite sa plume,
Il érige son cou, musculeux et pelé,
Il s’enlève en fouettant l’âpre neige des Andes,
Dans un cri rauque il monte où n’atteint pas le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l’astre vivant,
Il dort dans l’air glacé, les ailes toutes grandes.
 
Leconte de Lisle


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Il neige
                                                                   A mon ami E.Cruck
 
Un vol de papillons, vers Paris, s’achemine
Paris, la ville, se vêt d’un manteau virginal…
Et je pense au pays où le jour, matinal,
Sait faire son palais d’or d’une pauvre chaumine.
*
Or peut – être là – bas, quand l’Aurore illumine
Les flots phosphorescents de reflets de cristal
Un autre rêve – t – il d’un autre sol natal
Que la neige a couvert de sa mante d’Hermine !
*
Car la diversité des pays et des cieux
Des rayons de soleil, pâles ou radieux,
Des choses qui font mal et des choses qu’on aime,
*
Des craintes et des vœux, n’empêchent pas les cœurs,
Selon la volonté du puissant Créateur,
D’être éternellement, en tout pays, le même.
 
L.C Oran journal – XIXe fin


 


 


La Rime Enchantée
Pour une très jeune fille – 1895
Pour une Dame
Amour Têtu
Des Larmes
 
René Marie - Lefebvre


 


 


 


Phtisica
 
Jules Lemaitre


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Dédain
 
 
Moi, votre amant, Madame, et votre esclave ? Oh non !
J’aime en vous un regard, un parfum, un sourire,
Une main blanche, un sein qui palpite et soupire,
Une lèvre qui tremble en murmurant un nom…
*
J’aime la majesté sévère de Junon
Qu’illumine un reflet de la langueur d’Elvire :
J’aime Sapphô qui danse,   et chante sur sa lyre
Des regrets fous, plus tard sanglotés par Manon.
*
J’adore en vous la Femme, éternelle, immuable,
- Héroïne d’ histoire ou déesse de fable –
Flambeau sacré que rend au Présent le Passé.
*
Devant votre œil profond si mon cœur s’extasie,
C’est que j’y vois – trésor pour moi seul amassé –
Vingt siècles d’idéal vivre à ma fantaisie.
 
Alexandre Léty – Courbière – Accords et Préludes – (1919) – Vie algérienne…n°3, 19 – 10 – 1924, B.N)


 


 


 
Sonnet conjugal
 
C’est le jour solennel qui doit fixer leur sort.
Malgré tout son amour, celle qui se marie,
Pudique et rougissante, arrive à la mairie
Le cœur battant bien fort.
*
Et lorsqu’on l’interroge, elle fait un effort
Pour murmurer bien bas, d’une voix attendrie,
L’aveu que, cependant, tout son être lui crie,
Ivre d’un doux transport.
*
Heureux, certes heureux l’objet de sa tendresse !
Heureux l’époux qui va presser une maîtresse
Dans les bras d’un amant !
*
Mais cent fois plus heureux, encor qui peut entendre
Son beau – père lui dire, avant ce jour charmant :
« Tout est rompu, mon gendre ! »
 
L.D


 



Le Rossignol

Léo Loups, à de Pouvreau - Baldy (Vie algérienne, n°1, 5 - 10 - 1924, B.N)


 


Iliôn
 
Trois vieillards, assis près de la porte Pallène,
Devisent de la guerre et du malheur des Temps :
Iliôn va périr ; ses meilleurs combattants,
Sous les traits d’ Ackhileus, sont tombés dans la plaine.
*
Or, tandis qu’ils parlaient depuis quelques instants
Une femme apparut dans ses voiles de laine
Sur le toit du palais aux frontons éclatants
Et l’un des vieillards dit : « Regardez, c’est Hélène ;
*
Ses blonds cheveux flottants semblent de  l’or filé. »
Le second s’écria : « Je commence à comprendre
Que les Grecs aient franchi les mers pour la reprendre. »
*
- « Et moi, dit le vieillard qui n’avait point parlé
En levant son front blanc vers le ciel étoilé,
Je vois pourquoi nos fils ne veulent pas la rendre. »
 
Pierre Loÿs


 


Rose Fanée
à Madame L.P
Sonnet à la Lune
 
Jack Lyne


 


 


 


 


 


 


 


Palais Byzantin
A Henri Isnardi
 
La blanche impératrice aux gestes enfantins
Aux cheveux pâtinés de cinabre et de chrôme,
N’entend pas les échos, assourdis et lointains,
De la plèbe qui clame, au fond de l’Hippodrome.
*
Elle songe – et pourtant un singulier arôme
L’ obsède, et la lucerne aux reflets presque éteints
Ne laisse plus tomber sa lueur polychrôme
Sur l’immobile éclat des émaux byzantins.
*
De la Corne – Dorée au long - mur d’Anastase
Les Koutrigours , dit – on, ravagent les blés verts :
Mais le palais, nageant dans un sommeil pervers
*
Paraît s’anéantir en de lourdes extases
Et le relent trop doux qui flotte dans les airs
Trouble les Vierges d’or dans les iconostases.
 
Pierre Loÿs
 


 


Pour Elle
Pour Madeleine
 
Paul Madeleine


 


 


 


 


 


Kheïra
A mon amie J.Bonnard
 
A l’heure où s’est éteint le dernier chant d’oiseau,
Dans l’enceinte que font les gourbis dans la plaine,
Kheïra danse,  à perdre haleine,
Au son des flûtes de roseau.
*
Son haïk, qui semble une aile de libellule,
Fait de grands cercles blancs dans le tourbillon fou
Qu’active un éclatant youyou.
- Un feu roux, devant – elle, brûle,
*
Et les contorsions de son ventre lascif
Font briller les regards des hommes immobiles,
Qui font des mines imbéciles ,
Saoûls de café maure et de kif.
*
Elle agite une écharpe au – dessus de sa tête,
S’arrêtant, par instants, pour présenter le front
Au caïd en burnous marron
Qui, grave, y colle une piécette.
*
Puis, lorsqu’elle est à demi – morte, au point du jour,
Elle disparaît pour retrouver, sous sa tente,
Un fellah dont l’argent la tente,
Et lui vendre une heure d’amour.
 
Paul Madeleine
 


 


Mon cœur
 
P.Madeleine
Oued – Fodda 12 juin 1895


 


Vision
 
Stéphane Mallarmé


 


 


 


1er juin 1837
A M le vicomte de Borrelli
 
Un tapis étendu sur la terre : l’Emir,
Le Général assis, - avec un interprète.
Non loin, les Khiélas, massés sur une crète,
Veillent, sentant sous eux, leurs étalons frémir.
*
En face, méfiants aussi, prêts à bondir,
Les cavaliers français occupent l’autre faite..
Le ciel est gris ; vers l’est un orage s’apprête,
Et le tonnerre, au loin, très sourd, vient de rugir.
*
Le Général avait voulu cette entrevue :
L’ Emir est là, silencieux, l’heure est venue,
Il faut parler, ouvrir sa pensée…- Or, pendant
*
Que de sa voix vibrante et rude, avec superbe,
Bugeaud parlait à l’interprète,  - en l’attendant,
Abd – el – Kader, très calme, arrachait des brins d’herbe.
 
Louis Martin


 


Vain Problème
L Martin - 1893


 


Dernière nuit
 
Jean de Maurey


 


Le Sonnet Demandé
 
Henri Meilhac


 


 


 


 



Riez
                                                           
 à Mademoiselle Rachel SCHOPIN
                                                                                                Pourquoi Rire ?  La vie est brève
                                                                                       Et chaque jour naissant enlève
                                                                                          Une espérance au cœur humain :
                                                                                          Les ombres couvrent le chemin !
 
                                                                                                    Demi – deuil – Rachel SCHOPIN
 
Pourquoi pleurer , fillette ?  Et,  quand on a vingt ans,
De grands beaux yeux très clairs et des lèvres bien roses
Pourquoi voir tristement les hommes et les choses ?
Laissez les noirs soucils aux pauvres vieilles gens.
*
A votre âge, l’amour ,aux généreux élans, 
Se rit des lendemains, réalités moroses,
Laissez aux névrosés leurs sinistres nécroses,
Mignonne ! souriez à vos gentils romans.
*
Sur vos lèvres la grâce est fille du sourire,
Riez ! c’est votre joie, enfant, qu’il faut décrire,
Au lieu de sentiments que vous n’éprouvez pas.
*
Chantez l’amour, le bal, les fleurs et la toilette !
A nous autres, les vieux, à nous autres papas.
Les pensers d’avenir ! – Pourquoi pleurer fillettes ?
R Meneau – hommage


 


Sonnet
                                                             à Mademoiselle Edeliny
 
Meunier


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Paysage
 
En disant de rauques chansons,
Dans la plaine ardente et sans brise,
Sous la chaleur âcre qui grise,
Les Kabyles font les moissons.
*
El leur silhouette indécise
Tremblote auprès des verts buissons
De jujubier et de cytise
Où le soir, chantent des grillons.
*
La lumière des cieux ruisselle
La cigale à voix de crécelle
Crépite dans les épis d’or,
*
Pendant qu’au firmament, tranquille,
Large et victorieux rutile
Le grand soleil de Messidor.
 
Robert Migot – 1899 – La Revue algérienne


 


 


Si tu savais
 
Enfant si tu savais quelles grâces, quels charmes
Dieu mit dans ton sourire et jusques dans tes larmes,
Si tu savais combien les moindres mouvements
Me font rêver le soir, en mon lit solitaire,
Et croire que le ciel est passé sur la terre,
Puis, qu’aux anges du ciel ressemblent les enfants.
Si tu savais…mais non, que les grâces discrètes
Conservent à jamais l’innocente candeur.
A l’ombre des buissons la chaste violette
N’ignore – t – elle pas sa grâce et sa fraîcheur.
 
Raoul d’Ouach


 


 


 


 


 


 


 


 


Le Gué
 
Il fallait passer la rivière
Nous étions tous deux aux abois,
J‘étais timide, elle était fière,
Les tarins chantaient dans les bois ,
*
Elle me dit : « j’irai derrière,
Mon ami, ne regardez pas. »
Et puis elle défit ses bas,
Il fallait passer la rivière.
*
Je ne regardai qu’une fois,
Et je vis l’eau comme une moire
Se plisser sur ses pieds d’ivoire,
Nous étions tous deux aux abois.
*
Elle sautait de pierre en pierre,
J’aurais dû lui donner le bras
Vous jugez de notre embarras ;
J’étais timide, elle était fière.
*
Elle allait tomber, je le crois,
J’entendis son cri d’hirondelle
D’un seul bond, je fus auprès d’elle.
Les tarins chantaient dans les bois
 
Edouard Pailleron
 


 


 


Lever de lune à Alger
(Vie algérienne, n°12, 21 - 12 - 1924, B.N)
Yello de Relly


 


La Noria
Jean Remy - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)


 



Le Mirage
Jean Remy (Vie algérienne, n°5, 2 - 11 - 1924, B.N)


 


 


 
Vierge damnée
 
Il m’a déshabillée avec ses chauds regards,
Et j’ai senti crouler tout mon rempart de linge,
Lorsque ses yeux si clairs sur les miens si hagards
Versaient l’amour de l’homme et l’impudeur du singe.
*
Ses regards me disaient « Que ta virginité
« Frissonne de terreur et s’apprête au martyre ;
« Je suis le chuchoteur de la perversité,
« Et mon aspect corrompt, comme le gouffre attire.
*
« Ma passion qui rôde autour de tes cheveux
« T’insuffle mes désirs et pompe tes aveux :
« Donc c’est fatal ! il faut qu’un jour je te possède. »
*
Horreur ! il a dit vrai : tout mon corps haletant
Obéit d’heure en heure au charme qui l’obsède,
Et je vais, cette nuit, me donner à Satan.
*
Maurice Rollinat (les névroses- 1883) - Vie algérienne…n°2,  12 – 10 - 1924


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 
Fin d’Empire
 
Dans l’atrium où veille un César de porphyre,
Arcadius*, les yeux peints, les cheveux frisés,
Par un éphèbe au corps de vierge se fait lire
Un doux papyrus grec tout fleuri de baisers.
 
C’est une idylle rose, où le flot bleu soupire,
Où l’art mièvre zézait en vers adonisés ;
Et l’empereur, qu’un songe ambigu fait sourire,
Respire un lis avec des gestes épuisés :
 
Cependant d’heure en heure entrent des capitaines :
Ils disent la terreur des batailles lointaines ;
Mais le maître au front ceint de roses n’entend
 
Et seul,  l’aïeul de marbre au dur profil morose
A tressailli dans l’ombre, en écoutant là – bas
Craquer sinistrement l’Empire grandiose.
 
 
Albert Samain, poète parnassien - 1858 – 1900 - (au jardin de l’Infante)
 
B.N  - Vie Algérienne…5/10/1924 – n° 1
*Arcadius, 1er  empereur romain d’Orient  * Eudoxie


 


 


 


 



Ville morte
Albert Samain (Vie algérienne, n°1, 5 - 10 - 1924, B.N)
***


 


 


 


Promenade en mer à Oran

José – Stefani – Poquet  (Vie algérienne, n°13, 28 - 12 - 1924, B.N)


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Fantasia
 

Dans le sable, au soleil, les meilleurs cavaliers
Lancés sur leurs chevaux, debout, lâchant les rênes
Chargent en peloton furibond, hors d'haleine,
Tout éblouissant d'or et d'éclatants aciers.
*
La chaleur tombe immense et luit sur les palmiers
Dont l'oasis pâlit et paraît plus lointaine,
Dans l'étincellement qui tremble sur la plaine
Comme une exhalaison d'invisibles brasiers.
*

Les détonations, les courses fantastiques
Font vibrer dans les airs les rouges étendards
Qui passent comme un vol de visions épiques.

*les femmes sur les murs dont la blancheur flamboie,
Au bruit des tambourins joignent leurs chants criards
Et le désert est plein de triomphe et de joie
*
R.H de Wandelbourg - la Vie algérienne...revue illustrée - B.N - n°10 - 7-12-1924


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


*
Les Oulad Naïl
 
Sous les riches brocards et le poids des colliers,
Les filles du désert au maintien de sultanes,
Dansent des pas secrets dans les Cités profanes
Pour égayer les soirs des sombres chameliers.
*
Courtisanes régnant au pays des palmiers,
Dans la solennité des immensités planes
Elles vont sur la route, au gré des caravanes,
S’abandonner aux bras des bruns aventuriers.
*
Depuis les temps passés, semblables aux prêtresses
De Moloch taciturne et de Tanit perverse,
Dans l’âcre volupté qui sort des nuits d’été,
*
Quand le ciel embrasé,  de feux ardents,  se teinte,
Elles font tressaillir l’amant sous leur étreinte ;
Et l’émoi de leur chair plaît aux Divinités.
*
R.H de Waldenbourg (Vie algérienne, n°13, 28 - 12 - 1924, B.N)


 


 


Les Touareg
 
Du Tchad à Tripoli, de l’Egypte au Maroc,
Les Touaregs jaloux de leur indépendance,
Fils du simoun ardent et de l’âpre silence,
Parcourent les déserts dans le sable et le roc.
*
Pillards ou conquérants,  armés de long estoc,
Ils mènent aux marchés, soumis à leur puissance,
Les chameaux alourdis de grave somnolence
Que surcharge  un butin dérobé pour le troc.
*
Guidés par le soleil ou les blanches bourgades
Qu’un passé trop fameux plonge dans la torpeur,
Ils vont, pareils à l’ouragan dévastateur,
*
Imposer leur caprice à ces mornes peuplades
Qui parsèment le monde immense des nomades,
Du Souf à l’Orient, des mers à l’Equateur.
*
R.H de Waldenbourg (Vie algérienne…, n°13, 28 - 12 - 1924, B.N)
 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 L’ Ouled – Naïl
 
Droite, souple, lascive et le sourire aux lèvres,
Le visage fardé où des yeux de velours
Grésillent  ardemment comme en proie à la fièvre
Dardant sur le roumi son regard sombre et lourd
Qu’ avive par instants une lueur lubrique,
La jeune Ouled – Naïl au turban lamé d’or.
Se dresse serpentine, et, fière hératique,
Ondule et se balance en un banal décor,
Tandis que dans un coin de son ignoble bouge
Accroupis en tailleurs, quatre ménétriers
Au morne visage où pas un muscle ne bouge
Raclent leurs instrument , près d’un grand lévrier
Qui dort sur une natte aux brunes arabesques.
Elle danse et fait tinter ses khalkals d’argent
Cependant qu’auprès d’elle, une vieille mauresque
Aguiche sans vergogne, un tout jeune sergent.
*
Vie algérienne, n°20, 15 – 2 – 1925, B.N)


 

2 commentaires:

  1. Bonjour pouvez vous me dire ce qu' est nuit d'Icosium de GGeorges Auriel et où je pourrais me procurer le texte.Je suis sa fille merci de me répondre si c est possible !!!

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  2. Bonjour pouvez vous me dire ce qu' est nuit d'Icosium de GGeorges Auriel et où je pourrais me procurer le texte.Je suis sa fille merci de me répondre si c est possible !!!

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