La Revue
Algérienne Illustrée – B.N 8 Lc12 191
L’Albatros
Ch Baudelaire
1893 – La Revue Algérienne
La Revue Algérienne
et Illustrée
- présentation
La qualité d’une revue s’exprime par ce qui s’ y écrit. La
Revue Algérienne Illustrée, conservée à la Bibliothèque Nationale François
Mitterrand, , dont sont extraits ces poèmes, montre une autre vision de
l’Algérie française que celle qui nous est offerte par les médias ; c’est celle des défricheurs, de la Culture,
de la Pensée, de l’amour des autres, de son sol, ses paysages, mirages
aimés, détournés par quelque
indifférence rivale de la métropole. Les
textes qui vous sont présentés, dont vous apprécierez la qualité des
auteurs, ont été publiés en fin de XIXe siècle , début du XXe. Voici les Remerciements
occasionnés, à l’époque, pour le nouvel
an de la Revue, reçus des quatre coins de l’Algérie, de différents points de
France, lettres pleines de vœux sincères pour sa prospérité : «..Ces
témoignages de sympathie nous ont profondément touchés. Nous adressons nos vifs
remerciements aux dévoués de la première heure et aux amis connus et inconnus
qui s’intéressent au succès de notre publication … »
Cette revue , pour ceux qui voudraient la consulter, traite
aussi des Arts, de la vie en Algérie , de ses problèmes. Les textes , sous
forme de tableaux entiers, vous sont présentés
par ordre alphabétique d’Auteur
Certains textes , d’Auteurs de l’hexagone sont cités pour avoir été publiés dans la presse d’Algérie
Aux Héros du
Maroc
poème de M
d'Armancourt, chansonnier aveugle
(vie
algérienne..n°39,15 - 10- 1925, BN)
Nuit
d'Icosium -
Georges Auriel - cercle littéraire (Vie algérienne, n°31, 3 - 5 -
1925, B.N)
« Sonnet »
André B - 1893
La mort du Taureau
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4
janvier, n°14
Yaouleds
Pareils à des friquets, volant emmi les branches.
Effrontés et narquois, l’air de jeunes vauriens,
Se battant tous les jours, y compris le Dimanche,
Ce sont les moineaux francs du trottoir algérien.
*
Faisant tous les métiers, petits propres à rien,
Mal vêtus, ne portant pas de chemise blanche,
Couchant dans un gourbi, sur un banc, une planche,
Comme les moineaux francs des squares algériens.
*
Ils portent les couffins ou cirent les chaussures
Kif kif glac’ de Paris, c’est ce qu’ils vous assurent,
Puis pour se délasser, se battent, tels des chiens,
Gavroches et Cagayous du trottoir algérien.
*
Et ces yaouleds font tout, hormis le bien
Allègrement, avec une gaité très franche.
Guillerets, sautillants, tels l’oiseau sur la branche,
Ce sont les moineaux francs du trottoir algérien.
*
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4
janvier, n°14
Carmen
( à
propos d’une statuette)
Ce joli
Tanagra jouant des castagnettes
C’est la
Carmencita provocante, coquette,
A l’œil de
velours noir, au sourire enjôleur.
Cambrant sa
taille fine, à l’oreille une fleur,
Ses lourds
cheveux d’ébène ornés d’une mantille,
Son corps
souple et musclé, drapé d’une résille,
On dirait
qu’elle attend son cher toréador,
Aussi
prestigieux que le Campéador.
Et voici
que, soudain, cette enfant de Séville,
En narguant
don José, danse la séguédille
Au son des
castagnettes et du tambourin.
Ollé !
Vive l’amour libre et foin du chagrin
Qui torture
tous ceux qui, naïvement , l’aiment,
Car l’amour,
chante – t – elle, est enfant de Bohême.
Ch Barbet –
poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14
El – Djezaïr
La blanche
El – Djezaïr étale sa parure
Dont la
splendeur émerge d’un nid de verdure
C’est comme
un éboulis de blocs de marbre blanc
Qui rutile
au soleil splendide, éblouissant.
*
On dirait
d’un immense escalier de pophyre
Baigné par
le flot bleu qui murmure et soupire
Et là –
haut, vers le ciel, ses marches de granit
Evoquent, à
mes yeux, le temple de Tanit.
*
Un semis de
villas d’une blancheur de neige,
Tableau digne
en tous points du pinceau du Corrège,
S’éparpille
là – bas, emmi les verts coteaux
Que revêt ,
de velours, un somptueux manteau.
Ch Barbet –
poésies – Vie algérienne, 1925 – 4 janvier, n°14
La danse du ventre
Sous ses voiles de soie aux brillantes paillettes
La bouche carminée, à la lèvre une fleur,
Tenant entre les doigts sa blonde cigarette,
La troublante hétaïre, au sourire enjôleur,
Se lève lentement , et cynique, goailleuse,
Darde sur le public ses yeux de scabieuse.
La voici qui s’avance et son corps serpentin
Ondule et fait briller un regard libertin.
Le visage impassible, elle mime, impudique,
Le geste de l’amour bestial et lubrique
Tandis que les fellahs béats, concupiscents,
Montrant leur joie ainsi que des adolescents,
Applaudissent la jeune et séduisante almée
Aux longs yeux de velours, au profil de Camée.
*
Ch Barbet (Vie algérienne…n°20, 15 – 2 – 1925, B.N)
Le Toréador
Ch Barbet – poésies – Vie algérienne, 1925 – 4
janvier, n°14
Soir du Sud
Fermez le
piano où l'Europe est couchée,
N'éveillez
pas la morte au creux du bois verni,
Ce qu'elle
avait à dire est dit; tout est fini:
J'ai vu dans
le soleil passer sa chevauchée.
*
Sentons -
nous étrangers sur ce sable qui ment:
Nous ne
connaissons plus l'odeur de cette flore;
Fermez le piano
et fumons seulement
Devant ce
couchant vert où l'âme s'évapore
*
Les grands
cris de Paris vers le triste avenir
Et tout ce
que l'amour épongea de mensonge,
Rien n'est
plus; rien ne vaut les regrets ou le songe,
Et nous
savons enfin la beauté de finir.
*
Je veux
aller dormir ce soir sur la terrasse:
L'extase de
la lune en mon cœur tombera,
J'écouterai
s'éteindre en moi toute ma race
Et chanter
le silence au fond du Sahara.
*
Victor Barbucand
- la Vie algérienne...revue illustrée - B.N n°6 - 9 - 11 – 1924
La
Guerre
Un hymne de clairons et de cuivres heurtés,
Le fracas des tambours battant en pleine rue,
Des cris – et tout d’un coup Elle m’est apparue
Dans le décor en feu des terrestres cités.
*
Sa horde, torche au poing, à travers les
clartés,
La suivait, formidable, incessamment accrue
Sous de hauts étendards aux plis
ensanglantés.
*
Et les villes, flambant avec leurs
citadelles,
Leurs jardins, leurs tombeaux, leurs tours,
leurs clochers frêles,
Elevaient vers ses yeux des yeux noyés de
pleurs ;..
*
Mais le Monstre semblait ignorer leurs
épreuves.
Tranquille, son regard se reposait ailleurs,
- Dans les champs où la Paix construit des
cités neuves.
Lucien Bardes
A l’
Idéal –
9 – 5 - 1897
Le
Léthé
Le
vrai Dieu-
1899
Symbole
Lucien Bardes
A un
Passant
Aubade
Alice Bataille
Vieil Alger
(1509 - 1529)
(Vie
algérienne, n°12, 21 - 12 - 1924, B.N)
Louis
Berlebach
*
Blida
Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N
*
Medea
Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)
Miliana
Louis Berlebach - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)
Procession
à Lesbos
Les Ephèbes vêtus de robes ioniennes ,
Marchaient en brandissant des rameaux
d’olivier.
Dans leurs péplums suivaient les vierges
lesbiennes
Sous des paniers de fruits qui les faisaient
ployer.
*
Aux rythmes caressants des lyres éoliennes
Les enfants agitaient des branches de
lauriers
Les vins mousseux coulaient des amphores
trop pleines
Sur les fleurs que les mains se hâtaient
d’effeuiller.
*
Et les filles chantaient «
Salut ! divines branches !
« Laissez tomber sur nous les blondes
avalanches
« Des huiles et des miels aux doux
reflets dorés !
*
« Epandez en nos cœurs l’amour des
douces choses ;
« La fraîcheur des fruits mûrs et les
parfums de roses ;
« Les tièdes renouveaux des champs régénérés. »
Michel Bogros – 1899 – Revue Algérienne
La Vierge du Sérail
Dans son temple d’amour aux beaux tapis d’Alger
Mettant à chaque endroit leur note musulmane
Se repose, en fumant, la mièvre courtisane
Dont s’accroche le rêve à l’espoir étranger
*
A sa lèvre elle applique, en un baiser léger,
Le bec du narguileh à l’ambre diaphane
La fumée, en stagnant, dans l’air moelleux se fane
Et mourante se perd en parfum d’oranger.
*
Trop lourdes, dans le jour, ses paupières sont closes
Et ses doigts, teints de roux en effeuillant des roses
S’enluminent de l’or des bijoux d’autrefois.
*
Elle rêve toujours aspirant la fumée
Et, splendide, levant sa main fine d’almée
Cette divinité se mouche dans ses doigts
*
Robert de Bordj
Rêve
de jeune fille
Comme un alcyon sur la grève
Plane et monte vers le ciel d’or,
La jeune fille dort et rêve ,
La jeune fille rêve et dort ;
*
Elle rêve sous ses longs voiles,
Au souffle des vents attiédis,
Qu’elle s’en va vers les étoiles
Qui sont les fleurs du paradis ;
*
Elle rêve qu’un ange garde
Le seuil éblouissant des cieux,
Et que cet ange la regarde
D’un œil tendre et mystérieux ;
*
« Entre avec moi ! » dit le
bel ange,
Et, pensive, en suivant ses pas,
Elle murmure : « C’est étrange,
Quelqu’un lui ressemblait là –
bas ! »
Henri de Bornier – Acad Fr (1893)
Ordre
à M Frederic Masson
On m’avait dit : Allez ! –
J’allai. – Gaiement alertes,
Mes Etrangers, mes bons mercenaires marchaient
Par les champs de Lotus et de rizières
vertes ;
- Et nous vîmes un lac où des pêcheurs pêchaient.
*
Des pagodes aux toits retroussés, tout
ouverts,
Sous les bambous très fins, près de là, se
cachaient ;
Des cases souriaient, de nattes recouvertes
,
Sur les multipliants les perruches
nichaient ;
*
Et le vent balançait les éventails de
palmes,
Et du massif épais des néfliers plus calmes,
Filait en l’air, d’un jet, l’aréquier
fuselé ;
*
Et les fruits de litchi criblaient d’or le
feuillage
Et les cactus flambaient en bas ; tout
ce village
Etait joyeux, vivant, béni – Je l’ai brûlé.
Vte de Borrelli (fin XIXe) (1837 – 1906)
La
Diane
On s’est battu. Là – bas la fenêtre d’un bouge
Luit dans l’ombre, et parfois il en sort des
clameurs ;
L’acier, comme en plein bois mordrait un fer
de gouge,
Fouille les chairs ; blessé, laisse –
toi faire, ou meurs !
*
Sur la plaine où la nuit assoupit les
rumeurs
Sont – ils vivants ou morts, les
autres ? Nul ne bouge ;
On ne sait pas. Pourtant, elle est peut –
être rouge,
Cette terre trop noire auprès de ces
dormeurs.
*
On va voir. – C’est l’aube : une frange
écarlate
Ebrèche l’horizon : une fanfare éclate,
Aux vivants, en sursaut, annonçant le
réveil :
*
Et les morts, allongés, les reins dans la
poussière,
Sans en être éblouis, sans baisser la
paupière
L’œil fixe, grand ouvert, voient monter le
Soleil !
Vte de Borrelli
Huningue
– 1815
(salon
de 1892)
A Edouard Detaille
Petit tambour, très sûr du devoir accompli,
Qui, pour le défilé, bats la marche
française,
Déguenillé, fangeux, superbe ! – et
bien à l’aise
Sous l’œil de ces vainqueurs tout neufs et
sans un pli,
*
Je n’ai vu que toi seul. – Mon regard
affaibli
N’a jamais pu monter plus haut que la
cimaise :
Ce ne fut pas ma faute, au moins : à
Dieu ne plaise !
Et je suis innocent de cet étrange oubli.
*
Mais, devant ton air peuple et ta petite
taille,
Tes cheveux jaunes, où le vent de la
bataille
Passa, ton vieil habit informe et désiré,
*
Ton surprenant bonnet de police, ta caisse.
Tout ton je ne sais quoi, tout ton je ne
sais qu’est – ce,
- Sacré petit tambour, j’ai bêtement
pleuré !...
Vicomte de Borrelli
Ingenuus
Au cte Florian de Kergolay
Vte de Borrelli
Le
Sphinx
- Et tandis que, rêvant de paix et de
chaumière,
Le vieillard sommeillait près d’un reste de
feu ;
Que la mère et l’enfant dormaient dans la
lumière,
Que l’âne en liberté, broutait un chardon
bleu ;
*
Le grand Sphinx accroupi, dont les yeux sans
prunelles
Avaient tant vu passer des choses ici – bas,
Cherchait éperdument aux voûtes éternelles
Le mot de cette énigme, - et ne le trouvait
pas.
Vicomte de Borrelli
La
Tonnelle
Là – bas, devers Chaville et les Fausses –
Reposes,
Nous avions découvert, - en des temps
révolus, -
Une tonnelle exquise à vieux bancs vermoulus
Où nous faisions, tous deux, l’été, de
longues pauses.
*
On trouvait là du lait, du pain bis, du vin
clair ;
Puis, dans un jardinet aux bordures
d’oseille,
On s’en allait cueillir cerises ou
groseilles,
Et piller les rosiers qui fleuraient bon
dans l’air.
*
Mais, ce que nous aimions mieux que le petit
Beaune,
Le lait, le pain, les fruits et ce plus beau
rosier ,
C’était – siffleur étoile – en sa cage
d’osier,
Un gros merle tout noir, avec un bec tout
jaune.
*
Que de choses s’en vont qu’on pensait
retenir !
L’autre jour je fouillais, ma mémoire
endormie
Pour trouver la chanson que chantait mon
Amie :
J’ai cherché vainement, sans me ressouvenir.
*
Hier, devers Chaville et les Fausses –
Reposes,
J’ai revu la tonnelle et ses bancs
vermoulus ;
Et j’ai bu du vin clair, et j’ai cueilli des
roses :
- Le merle sifflait l’air que je ne savais
plus.
De Borrelli
Sur
un cahier de vers
Quand même l’avenir si ténébreux encor,
Me garderait l’honneur de la couronne d’or,
Que porte le poète acclamé par la
foule ;
Quand je verrais, ainsi qu’au vent frémit la
houle,
Frémir à mes accents un peuple
soulevé ;
Quand , et c’est le triomphe , autrefois, tant rêvé ,
Les amants me liraient en répandant des
larmes,
Non !...rien n’égalerait le trouble
plein de charmes
Que j’éprouve à songer que vos yeux lents et
doux
Suivent avec bonheur ces verts écrits pour
vous.
Paul Bourget (les aveux)
Cueillaison
Bleue
A mon ami Joseph Coade
Louis Cauvy
A
Noiré*
Devant l’immensité flambante des déserts
Où tu sèmes l’ardeur de ton rêve affolé,
Mon désir d’esthétique enfin s’est envolé
Dans le ruissellement lumineux de tes
airs !
*
Les carmins se marient, en tes fuyantes
plaines,
Avec la gamme d’or des chromes
attendris ;
A l’horizon, bruissant d’opales et d’iris,
Passe l’écho mourant des mauvaises
cantilènes
*
Ton génial pinceau, éclairant l’harmonie
De parfums enfiévrés, d’auguste symphonie,
Sur le vieux monde épand ta sainte
volupté ;
*
Et sous l’éclair de ta lumière immarcessible
Monte aux ciels étonnés le défi invincible
De ton art souverain et de ta
liberté !...
L. Chaze
* Maxime Noiré ° Guinglange (Moselle) 9 – 11
- 1861 + Alger 4 - 6 – 1927
Peintre orientaliste
Fondateur de la sté des Artistes Algériens
Voisinage
Dans
la Rue
Adoration
- 1893
Déchelette
Contraste
Mardi – Gras,
4h30, Rue Bab – el – Oued
Donc, c’était
Mardi – Gras. Le bon peuple riait ;
Arlequins et
Titis apostrophaient la foule,
Et Pierrot ,
titubant, près d’une femme soûle,
Sous son masque
blafard, méditait un forfait.
*
Mais voilà qu’on
chuchote …on se calme, on se tait,
On cherche à
retenir une larme qui coule ;.. ?...
- Un corbillard
paraît !...et la gaité s’écroule :
Lors, Pierrot
dégrisé, s’arrête, stupéfait !
*
Le drap noir se
couvrait d’impudique poussière ;
Tremblant, près
du cercueil, un vieillard solitaire
Au milieu des
lazzis, chancelait, hébété.
*
Et des signes de
croix saluaient au passage
Le prêtre,
murmurant, dans l’infernal tapage,
La prière des
morts, au Dieu d’éternité !
Adolphe Demons
La
Belle Fille
Paul Deroulède
1893
Soir
de bataille
Pharsale,
18 avt J.C
De l’aube jusqu’au soir, sous le ciel
embrasé,
Les clameurs du combat ont hurlé dans la
plaine.
Et les glaives romains troué la chair
romaine.
Tout est fini ; le choc sinistre est
apaisé.
*
Morts les centurions et les légionnaires
Portant le casque lourd et le scutum oblong
Et les cavaliers, craints jadis du germain
blond,
Ayant aux étendards les louves séculaires.
*
Tous, fils d’ Italiens, frères devant la
mort,
Sur l’ordre des deux chefs, ont croisé leur
épée.
- Le soir tombe César est vainqueur de
Pompée
L’ antique loi n’est plus que le hochet du
sort.
*
Les buccins ont sonné longtemps dans la nuit
claire :
De hautains chevaliers, fiers de leur front
sanglant,
Durs visages, sont apparus caracolant
Empourprés doublement du ciel qui les
éclaire.
*
Seul, pensif, parmi les cris de joie et les
chants,
Son regard froid , rivé sur la nuit augurale
,
Songeant au droit vaincu, qui sous son orgueil râle.
Au sang romain, jailli , grâce à lui, dans ces champs :
*
Peut – être au temps futurs où ne sera
personne
Pour couvrir la cité contre l’invasion ;
Les bras croisés devant l’œuvre d’ambition,
Le front lauré du laurier d’or, César
frissonne.
Jehan des Arroques
Chanson
Dans les
bois, où Jeanne était la première,
J’entrai sans
penser qu’elle y va parfois.
C’était, j’en suis sûr, pour fuir la lumière ;
Mais je me
souviens que d’une voix fièvre
Un pinson
chantait : Jeanne est dans les bois !
*
J’écoutais les
nids au milieu des branches
Quand Jeanne
parut sous les rameaux lourds.
Je lui dis, je
crois : « Reine des fleurs blanches,
Les nids sont
légers comme des pervenches »
Jeanne a peu de
goût pour les grands discours.
*
Elle avait au
front des tresses de lierre ;
Elle avait des
bras trempés dans du lait.
Des rayons
nimbaient sa fine paupière.
Allez – donc au
bois pour fuir la lumière !
Et l’oiseau fut
pris, Jeanne, à ton filet.
*
Si c’est par
erreur je ne puis le dire :
(On est à vingt
ans parfois si léger)
Jeanne me
tendait des fleurs qu’on respire ;
Mais je ne vis
rien que son cher sourire.
Et laissant les
fleurs, je pris un baiser.
Numa Duminy
Revue Algérienne
- 1893
L’
Aimée
Gracieux Faure, poète corse
Orgueil
de Vivre
à Jean Richepin
E.Fayolle
El
Djzairy
Imité d’ Henri Heine
A.Fermé
Alger – gratuit 1896
La Rosée
(sonnet)
Au milieu des
parfums, dont ma joie est grisée,
Dans les bois,
ce matin, je marchais en rêvant.
L’aurore
frissonnait, comme un baiser vivant,
Et la rosée
exquise était partout posée.
*
La fleur se
redressait sur sa tige épuisée,
Et la mousse,
plus fraîche, aux caresses du vent,
Tremblait,
riait, pleurait sous le soleil mouvant,
En laissant
grelotter ses larmes de rosée.
*
Et j’allais par
la combe, et je bénissais Dieu,
Et me disais
qu’en somme il suffit de bien peu
Pour que la
pauvre vie humaine nous soit douce,
*
Puisque le pire
mal peut toujours s’apaiser
Tant qu’il nous
reste, encor, le rêve et le baiser,
- Deux gouttes
de rosée au bout d’un brin de mousse.
Charles Fuster
Poète Suisse
(1866 – 1929)
Idylle
A Mlle Th.B
Je t’aime, dit la fleur, à la brise
plaintive
Je t’adore, répond le zéphyr frissonnant.
Et la fleur attendrie, amoureuse, lascive,
S’abandonne, éperdue, aux baisers de
l’amant.
*
Tout frémit dans la nuit : la forêt
attentive,
Seul et discret témoin de ce charmant amour,
Soupire de chansons, qu’en effleurant la rive,
Le ruisselet écoute et murmure à son tour.
*
Là – haut, dans le ciel pur, l’étoile
tremblotante
De son rayon divin, détache un voile d’or,
Nimbe aux reflets d’opale, s’épanche sur
l’amante
*
Qui d’un long baiser, en tressaillant
s’endort,
Pendant que le Zéphyr, en la berçant,lui
chante
La douceur de l’amour et la caresse encor.
G.Gandolphe –
1900 – la Revue Algérienne…
Le
Vieux Monsieur
Le
Rêve du Vagabond
A.Gaud
La
Caravane
La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans, qui n’a pas de
retour,
S’en va traînant le pied, brûlée aux feux du
jour,
Et buvant, sur ses bras, la sueur qui l’inonde.
*
Le grand lion rugit et la tempête
gronde ;
A l’horizon fuyant, ni minaret, ni tour,
La seule ombre qu’on ait, c’est l’ombre du
vautour
Qui traverse le ciel, cherchant sa proie
immonde.
*
L’on avance toujours, et voici que l’on voit
Quelque chose de vert que l’on se montre du
doigt :
C’est un bois de cyprès, semé de blanches
pierres.
*
Dieu, pour vous reposer, dans le désert du
temps,
Comme des oasis, a mis les cimetières :
Couchez – vous et dormez, voyageurs
haletants.
Théophile Gautier
Pêcheurs arabes
- Benjamin
Heller - cercle littéraire (Vie algérienne, n°31, 3 - 5 - 1925, B.N)
Antoine
et Cléopâtre
Le
Samouraï
Les Conquérants
Chanson
de Torero
Charité
J.M de Hérédia
Rondel
Les douces fleurettes des champs
Ont un charme qui me captive,
Et souvent mon âme attentive
A pris leurs parfums pour des chants.
*
Quand je vois leur tige craintive
Aux lueurs des soleils couchants,
Les douces fleurettes des champs
Ont un charme qui me captive.
*
Je veux, sur ma lyre craintive :
Célébrer leurs attraits touchants,
Et bénir Celui qui cultive
- Malgré sots, jaloux et méchants, -
Les douces fleurettes des champs.
Ferdinand Huard
Sur
le Quai
Sonnet
Ferdinand Huard
Jolies
Femmes
Eve
Victor Hugo
Chanson
Si vous n’avez
rien à me dire,
Pourquoi venir
auprès de moi ?
Pourquoi me
faire ce sourire
Qui tournerait
la tête au roi ?
Si vous n’avez
rien à me dire,
Pourquoi venir
auprès de moi ?
*
Si vous n’avez
rien à m’apprendre
Pourquoi me
pressez – vous la main ?
Sur le rêve
angélique et tendre,
Auquel vous
songez en chemin,
Si vous n’avez
rien à m’apprendre
Pourquoi me
pressez – vous la main ?
*
Si vous voulez
que je m’en aille,
Pourquoi passez
– vous par ici ?
Lorsque je vous
vois, je tressaille :
C’est ma joie et
c’est mon souci.
Si vous voulez
que je m’en aille,
Pourquoi passez
– vous par ici ?
Victor Hugo
Séparation
Adieu. Ne pleure plus, ou je pleure à mon
tour.
Pour les grandes douleurs il faut garder les
larmes,
Dans les combats du cœur, ce sont les seules
armes :
Nous en aurons besoin dans un plus triste
jour.
*
Que crains – tu ? Mon bonheur est fait
de notre amour
Les lieux que je verrai sont d’avance sans
charmes,
Et je vivrai dans la tristesse et les
alarmes
Jusqu’à l’heure joyeuse et tendre du retour.
*
Il n’est montagne ou mer pouvant nous
désunir ;
Car j’emporte avec moi ton riant souvenir,
Doux lieu, qui, de loin, attachera nos âmes.
*
J’emporte le baiser de tes lèvres en pleurs
Dont le feu persistant entretiendra les
flammes
Qu’un éclair de tes yeux fit jaillir dans
mon cœur !
Auguste Hugues
1900
Ronde
des Petits Lapins
Jules Laloue - 1899
Le
Bonheur
Quand, las de sa course éternelle,
Le papillon s’est endormi
L’ enfant croit, en prenant son aile,
Captiver ce bel ennemi
*
Mais, las, le papillon se lève
Et l’enfant chagrin s’aperçoit
Qu’il ne lui reste de son rêve
Que de la poussière à son doigt.
*
C’est bien la ressemblante image
De l’homme créé pour souffrir :
Il a pour papillon colage
Le bonheur qu’il veut conquérir.
*
Il y touche…sa joie est brève
Et, vaincu par le sort moqueur,
L’ homme ne garde de son rêve
Que la poussière du bonheur !
Victor de Laprade
Aïn
el Hadid
Dans la montagne abrupte, où le soleil
brutal
Calcine les beautés de la pierre malsaine,
Le scorpion hideux languissamment se traîne,
Et l’air vicié pue un parfum d’hôpital…
*
…Mais d’un roc béni, pure ainsi que le
cristal
Pur, Aïn el Hadid a jailli, source reine,
Et donne à ce tombeau, magnanime et sereine,
La puissante vigueur du plus riche
métal !
*
Aïn el Hadid, source, au temps jadis, très
sainte,
Qu’on priait à genoux, va ! j’ai
compris la plainte
Que chantaient, en pleurant, tes eaux dans
le ravin :
*
Des espagnols pouilleux, que la gale
démange,
Frottaient de vieux haillons, teinte de
crasse et de vin,
Et ton cristal avait une couleur
étrange !
A de la Ville de Mirmont
El
Djezaïr
A Mme M.T
Je partirai bientôt pour un pays lointain…
El Djezaïr, adieu ! je quitte, ville
sainte,
Les fossés rocailleux et les murs de
l’enceinte
Que désigne à la mort l’implacable
destin !
*
L’équerre et le compas font ripaille et
festin !
Comme un vieux chien galeux, Kasbah, crève
sans plainte,
;..Et seuls, les rêves d’or , évoqués par
l’absinthe,
Chasseront de l’Oubli ton fantôme
incertain !
…………………………………………………………………………….
Je vais à Relizane, où vivent les gazelles,
Sur les bords du Chélif…Mais si j’avais des
ailes,
Je viendrais, dans la nuit, par les espaces
bleus,
*
Contempler ton sommeil, ô ma Reine blessée,
…Car , usant d’un pouvoir étrange et
fabuleux
El Djezaïr a pris ma vie et ma pensée !
A de la Ville de Mirmont
Fantasia
Déroulant comme la laine, des échevaux,
L’innombrable escadron d’Arabes en furie
- Démons qui hurlent – pour une horrible
tuerie,
Semblent partir au loin, courbés sur les
chevaux !
*
Les goums suivent les goums, et sans cesse
nouveaux,
Les burnous déployés , sur la plaine
assombrie,
Flottent au vent brûlant de la fière Algérie
Et portent la pensée aux temps de Roncevaux,
*
A ces temps où luttait l’adresse avec la
force,
Où, poitrine à poitrine, admirable chaînon,
Des géants, à grands coups, se défonçaient
le torse !
*
Essence du Progrès, salut, ô Roi
canon !
Fantoches cavaliers, vous faisiez peur,
naguère…
L’Obus rit aux éclats de vos chansons de
guerre !
A de la Ville de Mirmont
Les
Cigognes
Im me souvient, jadis, d’avoir vu, dans les
cieux,
(j’étais alors , enfant, au pays des
Gascognes)
Rapidement passer de grands vols de
cigognes,
Qui nous semblaient, de loin, nous lancer
leurs adieux.
*
Et , sans doute, ils fuyaient, oiseaux bénis
des dieux,
Loin des vices, malsains à l’égal des
charognes,
Loin de toi, pauvreté, qui, lamentable,
cognes
A la porte mal – jointe, et rends les
jeunes, vieux.
*
Cigognes, vous ornez les toits de Relizane,
- Mieux que les diamants des cheveux de
sultane –
Avec votre fierté calme de sénateur !
*
Sur les murs familiers, faites vos nids
tranquilles.
Nous devons le respect à l’oiseau
migrateur :
Il garde les maisons qui lui servent
d’asiles !
A de la Ville de Mirmont
Relizane – 9 juillet 1893
Liberté
MaisonMalade
Remords
de la Mer
A de la Ville de Mirmont
Le
Sommeil du Condor
Par delà l’escalier des roides Cordillières,
Par delà les brouillards hantés des aigles
noirs,
Plus haut que les sommets creusés en
entonnoirs
Où bout le flux sanglant des laves
familières,
L’envergure pendante et rouge par endroits,
Le vaste oiseau, tout plein d’une morne indolence,
Regarde l’Amérique et l’espace en silence,
Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux
froids.
La nuit roule de l’Est, où les pampas
sauvages
Sous les monts étagés, s’élargissent sans
fin ;
Elle endort le Chili, les villes, les
rivages,
Et la mer Pacifique et l’horizon divin ;
Du continent muet elle s’est emparée :
Des sables aux coteaux, des gorges aux
versants,
De cime en cime, elle enfle en tourbillons
croissants,
Le lourd débordement de sa haute marée.
Lui, comme un spectre, seul, au front du pic
altier,
Baigné d’une lueur qui saigne sur la neige,
Il attend cette mer sinistre qui l’assiège :
Elle arrive, déferle, et le couvre en
entier,
Dans l’abîme sans fond la Croix australe
allume
Sur les côtes du ciel son phare constellé.
Il râle de plaisir, il agite sa plume,
Il érige son cou, musculeux et pelé,
Il s’enlève en fouettant l’âpre neige des
Andes,
Dans un cri rauque il monte où n’atteint pas
le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l’astre
vivant,
Il dort dans l’air glacé, les ailes toutes
grandes.
Leconte de Lisle
Il
neige
A mon ami E.Cruck
Un vol de papillons, vers Paris, s’achemine
Paris, la ville, se vêt d’un manteau
virginal…
Et je pense au pays où le jour, matinal,
Sait faire son palais d’or d’une pauvre
chaumine.
*
Or peut – être là – bas, quand l’Aurore
illumine
Les flots phosphorescents de reflets de
cristal
Un autre rêve – t – il d’un autre sol natal
Que la neige a couvert de sa mante
d’Hermine !
*
Car la diversité des pays et des cieux
Des rayons de soleil, pâles ou radieux,
Des choses qui font mal et des choses qu’on
aime,
*
Des craintes et des vœux, n’empêchent pas
les cœurs,
Selon la volonté du puissant Créateur,
D’être éternellement, en tout pays, le même.
L.C Oran journal – XIXe fin
La
Rime Enchantée
Pour une très jeune fille – 1895
Pour
une Dame
Amour
Têtu
Des
Larmes
René Marie - Lefebvre
Dédain
Moi, votre
amant, Madame, et votre esclave ? Oh non !
J’aime en
vous un regard, un parfum, un sourire,
Une main
blanche, un sein qui palpite et soupire,
Une lèvre
qui tremble en murmurant un nom…
*
J’aime la
majesté sévère de Junon
Qu’illumine
un reflet de la langueur d’Elvire :
J’aime
Sapphô qui danse, et chante sur sa lyre
Des regrets
fous, plus tard sanglotés par Manon.
*
J’adore en
vous la Femme, éternelle, immuable,
- Héroïne d’
histoire ou déesse de fable –
Flambeau
sacré que rend au Présent le Passé.
*
Devant votre
œil profond si mon cœur s’extasie,
C’est que
j’y vois – trésor pour moi seul amassé –
Vingt
siècles d’idéal vivre à ma fantaisie.
Alexandre
Léty – Courbière – Accords et Préludes – (1919) – Vie algérienne…n°3, 19 – 10 –
1924, B.N)
Sonnet conjugal
C’est le jour
solennel qui doit fixer leur sort.
Malgré tout son
amour, celle qui se marie,
Pudique et rougissante,
arrive à la mairie
Le cœur battant
bien fort.
*
Et lorsqu’on
l’interroge, elle fait un effort
Pour murmurer
bien bas, d’une voix attendrie,
L’aveu que,
cependant, tout son être lui crie,
Ivre d’un doux
transport.
*
Heureux, certes
heureux l’objet de sa tendresse !
Heureux l’époux
qui va presser une maîtresse
Dans les bras
d’un amant !
*
Mais cent fois
plus heureux, encor qui peut entendre
Son beau – père
lui dire, avant ce jour charmant :
« Tout est
rompu, mon gendre ! »
L.D
Le Rossignol
Léo Loups, à
de Pouvreau - Baldy (Vie algérienne, n°1, 5 - 10 - 1924, B.N)
Iliôn
Trois
vieillards, assis près de la porte Pallène,
Devisent de la
guerre et du malheur des Temps :
Iliôn va
périr ; ses meilleurs combattants,
Sous les traits
d’ Ackhileus, sont tombés dans la plaine.
*
Or, tandis
qu’ils parlaient depuis quelques instants
Une femme
apparut dans ses voiles de laine
Sur le toit du
palais aux frontons éclatants
Et l’un des
vieillards dit : « Regardez, c’est Hélène ;
*
Ses blonds
cheveux flottants semblent de l’or
filé. »
Le second
s’écria : « Je commence à comprendre
Que les Grecs
aient franchi les mers pour la reprendre. »
*
- « Et moi,
dit le vieillard qui n’avait point parlé
En levant son
front blanc vers le ciel étoilé,
Je vois pourquoi
nos fils ne veulent pas la rendre. »
Pierre Loÿs
Rose Fanée
à Madame L.P
Sonnet à la Lune
Jack Lyne
Palais Byzantin
A Henri Isnardi
La blanche
impératrice aux gestes enfantins
Aux cheveux
pâtinés de cinabre et de chrôme,
N’entend pas les
échos, assourdis et lointains,
De la plèbe qui
clame, au fond de l’Hippodrome.
*
Elle songe – et
pourtant un singulier arôme
L’ obsède, et la
lucerne aux reflets presque éteints
Ne laisse plus
tomber sa lueur polychrôme
Sur l’immobile
éclat des émaux byzantins.
*
De la Corne –
Dorée au long - mur d’Anastase
Les Koutrigours
, dit – on, ravagent les blés verts :
Mais le palais,
nageant dans un sommeil pervers
*
Paraît
s’anéantir en de lourdes extases
Et le relent
trop doux qui flotte dans les airs
Trouble les
Vierges d’or dans les iconostases.
Pierre Loÿs
Pour Elle
Pour Madeleine
Paul Madeleine
Kheïra
A mon amie
J.Bonnard
A l’heure où
s’est éteint le dernier chant d’oiseau,
Dans l’enceinte
que font les gourbis dans la plaine,
Kheïra
danse, à perdre haleine,
Au son des
flûtes de roseau.
*
Son haïk, qui
semble une aile de libellule,
Fait de grands
cercles blancs dans le tourbillon fou
Qu’active un
éclatant youyou.
- Un feu roux,
devant – elle, brûle,
*
Et les
contorsions de son ventre lascif
Font briller les
regards des hommes immobiles,
Qui font des
mines imbéciles ,
Saoûls de café
maure et de kif.
*
Elle agite une
écharpe au – dessus de sa tête,
S’arrêtant, par
instants, pour présenter le front
Au caïd en
burnous marron
Qui, grave, y
colle une piécette.
*
Puis,
lorsqu’elle est à demi – morte, au point du jour,
Elle disparaît
pour retrouver, sous sa tente,
Un fellah dont
l’argent la tente,
Et lui vendre
une heure d’amour.
Paul Madeleine
Mon cœur
P.Madeleine
Oued – Fodda 12 juin 1895
1er juin 1837
A M le vicomte de Borrelli
Un tapis étendu sur la
terre : l’Emir,
Le Général assis, - avec un
interprète.
Non loin, les Khiélas,
massés sur une crète,
Veillent, sentant sous eux,
leurs étalons frémir.
*
En face, méfiants aussi,
prêts à bondir,
Les cavaliers français
occupent l’autre faite..
Le ciel est gris ; vers
l’est un orage s’apprête,
Et le tonnerre, au loin,
très sourd, vient de rugir.
*
Le Général avait voulu cette
entrevue :
L’ Emir est là, silencieux,
l’heure est venue,
Il faut parler, ouvrir sa
pensée…- Or, pendant
*
Que de sa voix vibrante et
rude, avec superbe,
Bugeaud parlait à
l’interprète, - en l’attendant,
Abd – el – Kader, très
calme, arrachait des brins d’herbe.
Louis Martin
Vain Problème
L Martin - 1893
Dernière nuit
Jean de Maurey
Le Sonnet Demandé
Henri Meilhac
Riez
à Mademoiselle Rachel SCHOPIN
Pourquoi
Rire ? La vie est brève
Et chaque jour naissant enlève
Une espérance au cœur humain :
Les ombres couvrent le chemin !
Demi – deuil – Rachel SCHOPIN
Pourquoi pleurer , fillette ? Et,
quand on a vingt ans,
De grands beaux yeux très clairs et des lèvres bien
roses
Pourquoi voir tristement les hommes et les
choses ?
Laissez les noirs soucils aux pauvres vieilles gens.
*
A votre âge, l’amour ,aux généreux élans,
Se rit des lendemains, réalités moroses,
Laissez aux névrosés leurs sinistres nécroses,
Mignonne ! souriez à vos gentils romans.
*
Sur vos lèvres la grâce est fille du sourire,
Riez ! c’est votre joie, enfant, qu’il faut
décrire,
Au lieu de sentiments que vous n’éprouvez pas.
*
Chantez l’amour, le bal, les fleurs et la
toilette !
A nous autres, les vieux, à nous autres papas.
Les pensers d’avenir ! – Pourquoi pleurer
fillettes ?
R Meneau – hommage
Sonnet
à Mademoiselle Edeliny
Meunier
Paysage
En disant de rauques
chansons,
Dans la plaine ardente et
sans brise,
Sous la chaleur âcre qui
grise,
Les Kabyles font les
moissons.
*
El leur silhouette indécise
Tremblote auprès des verts
buissons
De jujubier et de cytise
Où le soir, chantent des
grillons.
*
La lumière des cieux
ruisselle
La cigale à voix de crécelle
Crépite dans les épis d’or,
*
Pendant qu’au firmament,
tranquille,
Large et victorieux rutile
Le grand soleil de Messidor.
Robert Migot – 1899 – La
Revue algérienne
Si tu savais
Enfant si tu savais quelles
grâces, quels charmes
Dieu mit dans ton sourire et
jusques dans tes larmes,
Si tu savais combien les
moindres mouvements
Me font rêver le soir, en
mon lit solitaire,
Et croire que le ciel est
passé sur la terre,
Puis, qu’aux anges du ciel
ressemblent les enfants.
Si tu savais…mais non, que
les grâces discrètes
Conservent à jamais
l’innocente candeur.
A l’ombre des buissons la
chaste violette
N’ignore – t – elle pas sa
grâce et sa fraîcheur.
Raoul d’Ouach
Le Gué
Il fallait passer la rivière
Nous étions tous deux aux abois,
J‘étais timide, elle était fière,
Les tarins chantaient dans les bois ,
*
Elle me dit : « j’irai derrière,
Mon ami, ne regardez pas. »
Et puis elle défit ses bas,
Il fallait passer la rivière.
*
Je ne regardai qu’une fois,
Et je vis l’eau comme une moire
Se plisser sur ses pieds d’ivoire,
Nous étions tous deux aux abois.
*
Elle sautait de pierre en pierre,
J’aurais dû lui donner le bras
Vous jugez de notre embarras ;
J’étais timide, elle était fière.
*
Elle allait tomber, je le crois,
J’entendis son cri d’hirondelle
D’un seul bond, je fus auprès d’elle.
Les tarins chantaient dans les bois
Edouard Pailleron
Lever de
lune à Alger
(Vie
algérienne, n°12, 21 - 12 - 1924, B.N)
Yello de Relly
La Noria
Jean
Remy - Vie algérienne... - n°10 7 - 12 - 1924 B.N)
Le Mirage
Jean Remy
(Vie algérienne, n°5, 2 - 11 - 1924, B.N)
Vierge damnée
Il m’a déshabillée avec ses chauds regards,
Et j’ai senti crouler tout mon rempart de linge,
Lorsque ses yeux si clairs sur les miens si hagards
Versaient l’amour de l’homme et l’impudeur du singe.
*
Ses regards me disaient « Que ta virginité
« Frissonne de terreur et s’apprête au
martyre ;
« Je suis le chuchoteur de la perversité,
« Et mon aspect corrompt, comme le gouffre
attire.
*
« Ma passion qui rôde autour de tes cheveux
« T’insuffle mes désirs et pompe tes aveux :
« Donc c’est fatal ! il faut qu’un jour je
te possède. »
*
Horreur ! il a dit vrai : tout mon corps
haletant
Obéit d’heure en heure au charme qui l’obsède,
Et je vais, cette nuit, me donner à Satan.
*
Maurice Rollinat (les névroses- 1883) - Vie
algérienne…n°2, 12 – 10 - 1924
Fin d’Empire
Dans
l’atrium où veille un César de porphyre,
Arcadius*,
les yeux peints, les cheveux frisés,
Par un
éphèbe au corps de vierge se fait lire
Un doux
papyrus grec tout fleuri de baisers.
C’est une
idylle rose, où le flot bleu soupire,
Où l’art
mièvre zézait en vers adonisés ;
Et
l’empereur, qu’un songe ambigu fait sourire,
Respire un
lis avec des gestes épuisés :
Cependant
d’heure en heure entrent des capitaines :
Ils disent
la terreur des batailles lointaines ;
Mais le
maître au front ceint de roses n’entend
Et
seul, l’aïeul de marbre au dur profil morose
A tressailli
dans l’ombre, en écoutant là – bas
Craquer
sinistrement l’Empire grandiose.
Albert
Samain, poète parnassien - 1858 – 1900 - (au jardin de l’Infante)
B.N -
Vie Algérienne…5/10/1924 – n° 1
*Arcadius, 1er
empereur romain d’Orient * Eudoxie
Ville morte
Albert
Samain (Vie algérienne, n°1, 5 - 10 - 1924, B.N)
***
Promenade en
mer à Oran
José – Stefani – Poquet (Vie algérienne, n°13, 28 - 12 - 1924, B.N)
Fantasia
Dans le sable, au soleil, les meilleurs cavaliers
Lancés sur leurs chevaux, debout, lâchant les rênes
Chargent en peloton furibond, hors d'haleine,
Tout éblouissant d'or et d'éclatants aciers.
*
La chaleur tombe immense et luit sur les palmiers
Dont l'oasis pâlit et paraît plus lointaine,
Dans l'étincellement qui tremble sur la plaine
Comme une exhalaison d'invisibles brasiers.
*
Les détonations, les courses fantastiques
Font vibrer dans les airs les rouges étendards
Qui passent comme un vol de visions épiques.
*les femmes sur les murs dont la blancheur flamboie,
Au bruit des tambourins joignent leurs chants criards
Et le désert est plein de triomphe et de joie
*
R.H de Wandelbourg - la Vie algérienne...revue illustrée - B.N - n°10 -
7-12-1924
*
Les Oulad Naïl
Sous les riches brocards et le poids des colliers,
Les filles du désert au maintien de sultanes,
Dansent des pas secrets dans les Cités profanes
Pour égayer les soirs des sombres chameliers.
*
Courtisanes régnant au pays des palmiers,
Dans la solennité des immensités planes
Elles vont sur la route, au gré des caravanes,
S’abandonner aux bras des bruns aventuriers.
*
Depuis les temps passés, semblables aux prêtresses
De Moloch taciturne et de Tanit perverse,
Dans l’âcre volupté qui sort des nuits d’été,
*
Quand le ciel embrasé, de feux ardents, se
teinte,
Elles font tressaillir l’amant sous leur
étreinte ;
Et l’émoi de leur chair plaît aux Divinités.
*
R.H de Waldenbourg (Vie algérienne, n°13, 28 - 12 -
1924, B.N)
Les Touareg
Du Tchad à Tripoli, de l’Egypte au Maroc,
Les Touaregs jaloux de leur indépendance,
Fils du simoun ardent et de l’âpre silence,
Parcourent les déserts dans le sable et le roc.
*
Pillards ou conquérants, armés de long estoc,
Ils mènent aux marchés, soumis à leur puissance,
Les chameaux alourdis de grave somnolence
Que surcharge un butin dérobé pour le troc.
*
Guidés par le soleil ou les blanches bourgades
Qu’un passé trop fameux plonge dans la torpeur,
Ils vont, pareils à l’ouragan dévastateur,
*
Imposer leur caprice à ces mornes peuplades
Qui parsèment le monde immense des nomades,
Du Souf à l’Orient, des mers à l’Equateur.
*
R.H de Waldenbourg (Vie algérienne…, n°13, 28 - 12 -
1924, B.N)
L’ Ouled –
Naïl
Droite, souple, lascive et le sourire aux lèvres,
Le visage fardé où des yeux de velours
Grésillent ardemment comme en proie à la fièvre
Dardant sur le roumi son regard sombre et lourd
Qu’ avive par instants une lueur lubrique,
La jeune Ouled – Naïl au turban lamé d’or.
Se dresse serpentine, et, fière hératique,
Ondule et se balance en un banal décor,
Tandis que dans un coin de son ignoble bouge
Accroupis en tailleurs, quatre ménétriers
Au morne visage où pas un muscle ne bouge
Raclent leurs instrument , près d’un grand lévrier
Qui dort sur une natte aux brunes arabesques.
Elle danse et fait tinter ses khalkals d’argent
Cependant qu’auprès d’elle, une vieille mauresque
Aguiche sans vergogne, un tout jeune sergent.
*
Vie algérienne, n°20, 15 – 2 – 1925, B.N)